Empreinte carbone

« Parfois, j’ai l’impression d’être juste une empreinte carbone. » me dit mon amie Cordélia en riant.
« Pareil pour moi », lui ai-je répondu.

« L’autre jour, à vélo, sur le chemin du retour, un sentiment pesant m’a accompagné : je ressentais combien ma présence au monde contribue si peu au vivant. Une pensée s’est imposée : Ma vie ne sert à rien.»

 — Quand tout semble absurde, que l’on a la sensation de vivre dans un mauvais feuilleton satirico-apocalyptique… comment ne pas se laisser emporter par le vide de sens de nos sociétés ? —

Mon être refuse ce verdict trop douloureux, et les larmes montent.
Je me dis que je ne suis pas seule à ressentir cela. Cordélia me le confirme.
Ce partage nous réconforte.  Nous savons que c’est notre sensibilité, notre affection pour le vivant qui s’exprime, qui met en mots notre impuissance comme elle le peut.  Certains jours, avec pessimisme.

Nous rions de nous-même et de ces pensées, nous nous connaissons bien et nous savons la tendresse que l’une est l’autre portons à la Vie, à la Terre, à l’Humain. Nous savons que nous faisons du mieux que nous pouvons et que c’est dans la simplicité  – celle de nos échanges- que nous nourrissons le lien avec la Vie.  


Dans ces moments où la foi se retire, Le Jardin devient mon sanctuaire.  Je m’arrête un instant devant un Tori d’épinettes, salue Le Jardin, laisse glisser à terre les constats néfastes, ils seront compostés.  Le chant des oiseaux m’accueille, le ciel s’offre à mes yeux, l’herbe tranquillement se teinte de vert. 
Allongée en shavasana, peu à peu, je me dépose.
Je ne suis pas simplement étendue : je suis soutenue.
La Terre me porte, dans le creux de sa main.

Puis je pars vagabonder. Le Jardin regorge de trésors qui se révèlent au fil des pas.
Dans cet espace de curiosité contemplative et créative, je retrouve ma Joie — le sens de ma Présence ici-bas.
Le Jardin, c’est une intraveineuse d’émerveillement.


Il est normal de souffrir dans un monde qui souffre.
Il est normal de ressentir le deuil quand une part du vivant disparaît.

La tristesse, la peur, le chagrin, le doute, la culpabilité…
Toutes ces émotions témoignent de notre sensibilité, de notre attachement profond à la Vie sous toutes ses formes.
Elles expriment notre désir de prendre soin — de l’Autre, du Vivant, de nous-mêmes.

Elles témoignent de notre conscience de l’interdépendance entre les êtres.
Notre sentiment d’appartenir au Tout. De cet écosystème où chaque Être a sa place, sa voix — parfois dans le plus grand chaos, parfois dans la plus grande l’harmonie, mais le plus souvent avec une telle poésie.

Inter-être : tout est dans tout, nous rappelle Thích Nhất Hạnh.

Prenons le temps d’écouter le Vivant.
À l’image des cosmogonies autochtones, redonnons une voix aux rivières, aux montagnes, aux arbres, au vent, au ciel.

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